Nadia Murad
Culture,  Littérature,  Récit de vie

Nadia Murad – Pour que je sois la dernière – Récit de vie

Aujourd’hui je vous parle d’un livre qui m’a profondément touché : « Pour que je sois la dernière » de Nadia Murad.

J’ai lu ce livre durant une période où je souhaitais m’immerger dans des récits de vie. Ce livre a été le premier. J’ai été douloureusement transporté par le récit de la vie de Nadia Murad, raconté avec tant de pudeur et de simplicité dans le contexte si révoltant dans lequel se place son histoire. C’est un ouvrage d’une violence inimaginable raconté par une femme d’une force incroyable.

Je ne me permettrais en aucun cas de critiquer ce livre, que ce soit de manière positive ou négative. Parce qu’on ne donne pas son avis sur l’horreur, peu importe comment celle-ci est racontée. On ne peut même pas « aimer » ce livre. On peut seulement le lire et l’absorber comme on peut. Le souffrir aussi et s’en souvenir. C’est un livre qui se ressent.

Qui est Nadia Murad ?

Nadia Murad est aujourd’hui une militante irakienne luttant pour les droits de la personne. Elle a reçue de nombreuses distinctions dont le prix Nobel de la Paix en 2018. Elle est d’origine kurde et issue de la minorité religieuse yézidie. Le Yézidisme est une religion monothéiste issue d’anciennes croyances du Nord de l’Irak. Cette minorité est persécutée depuis longtemps car les autres religions (l’islam ou le christianisme) ont une perception erronée de leur culte et les considèrent comme des adorateurs du diable ou de païens.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Son parcours de vie a été totalement bouleversé par l’arrivée de l’Etat Islamique (EIIL) dans le village de Kocho. Elle y est née et elle pensait y passer sa vie, s’y marier, y avoir des enfants et y mourir. D’une vie toute tracée, Nadia s’est vue propulsée dans un combat qu’elle n’aurait jamais imaginé être le sien et qu’elle raconte dans son livre.

Elle vit aujourd’hui en Allemagne, meurtrie par la perte de tant des siens et par ses propres blessures, mais déterminée à poursuivre le combat pour la dignité des victimes du trafic d’êtres humains.

 

Que raconte ce livre ?

Attention SPOILER.

« Pour que je sois la dernière » raconte l’arrivée de Daesh dans la région du Sinjar, au nord de l’Irak, où vivent de nombreuses familles yézidies. Nadia raconte sa vie d’avant l’arrivée de Daesh dans son village, Kocho. Elle nous présente sa famille, une famille pauvre et nombreuse mais généreuse, toujours prête à partager le peu qu’ils ont avec ceux qui ont encore moins.

Sa mère tient une place importante dans le livre. Nadia nous la présente comme une femme forte, drôle et très pieuse et pour laquelle il était très important que ses enfants se comportent bien en société. Son amour inconditionnel pour elle se ressent fortement à travers ses mots.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

 

Elle nous raconte ses relations avec ses frères et ses nièces. Mais aussi les relations entretenues avec le voisinage et les autres religions.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Peu à peu, Daesh fait son entrée, encerclant les villages Yézidis pour les empêcher de s’enfuir. Je me souviens de la peur qui envahit peu à peu les Yézidis, tel que Nadia le raconte. Mais aussi l’espoir que quelqu’un vienne les sauver et leur naïveté quant au sort que leur réservera Daesh, inconscients de la cruauté dont ils vont être victimes.  Nadia nous raconte ce jour où Daesh les amènera dans l’école du village et leur fera croire qu’ils peuvent vivre.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Ce jour où les hommes et les personnes âgés seront fusillés dans des fosses communes. Celui où les jeunes garçons Yézidis seront emmenés pour subir un lavage de cerveau et intégrer l’Etat Islamique. Celui où elle sera séparée de sa mère et d’une partie de sa famille pour être amenée à Mossoul. Elle y deviendra une « Sabaya », une esclave sexuelle.

Ce qu’elle décrit après est pire que l’horreur.

Il y a eu la conversion contrainte à l’Islam et le « mariage » imposé avec leur propriétaire.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

 

Mais également le trafic de jeunes filles Yézidies, encore vierge, parfois tout juste entrées dans l’adolescence et les sévices qu’elles vont subir tant corporels que sexuels.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Et aussi le désir de mourir parfois, souvent. La solitude. L’envie de s’enfuir.

Nadia finira par s’enfuir. Vous vous en doutez puisqu’elle est aujourd’hui là pour en parler et raconter son histoire, ce qui n’est pas le cas de toutes ces jeunes filles. Certaines se seront données la mort, d’autres auront été tuées. Et à chaque mauvaise nouvelle une nouvelle plaie dans le cœur de Nadia et de sa famille. 

Elle n’a pas les mots pour exprimer toute l’ampleur de sa gratitude envers la famille sunnite qui lui a sauvé la vie au péril de la sienne et l’a aidé à fuir Mossoul pour rejoindre le Kurdistan.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Mais dans cette fuite reste la peur. La peur de dire à sa famille ce qu’elle a subi. D’être rejetée pour avoir eu des relations sexuelles hors mariage. Même si elle est une victime parmi des milliers.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

Ce témoignage se termine sur la connaissance de ce qui est arrivé aux membres de famille de Nadia. Egalement, on découvre le sort que la communauté Yézidie réservera à ces femmes brisées par Daesh, mais toujours en vie, comme Nadia. Ces femmes et qui continueront de se battre, au côté des hommes survivants de leur communauté, pour combattre Daesh et délivrer des jeunes Yézidies encore esclaves.

Ce livre est l’histoire, cruelle mais véritable, de la vie de Nadia Murad. Elle qui fût une exclave sexuelle au service de Daesh contre sa volonté. Qui fût convertie à l’Islam et « mariée » pour pouvoir être violée en toute impunité par ses bourreaux. Elle qui perdit, comme beaucoup d’autres victimes de génocide, une grande partie de sa famille mais qui continue le combat. Elle trouve la force de partager son histoire à travers le monde, pour qu’aucune autre femme n’ait à subir de telles souffrances. Pour qu’elle soit la dernière.

 

Pourquoi lire ce livre ?

En tant que femme, mais surtout en tant qu’être humain, je ne souhaite pas fermer les yeux sur ce qui arrive à d’autres. Qu’ils soient des proches ou des inconnus. Je pense que c’est de la connaissance que nous tirons la force de dire « Plus jamais ça » et de mener le combat pour être entendu, pour que les choses changent.

La vie, en tant que telle, réserve déjà son lot de souffrance pour tout un chacun sans que des Hommes qui ne sont que des monstres, viennent rajouter leur lot d’horreur dans la vie des autres.

Ce livre est une ode à la paix et à la justice. La paix pour chacun, de vivre sa vie et d’exercer sa religion sans contrainte ni menace. La paix avec soi-même, pour tous ces êtres humains brisés. La justice pour ces familles dont les bourreaux doivent être jugés, passer le reste de leur vie en prison et ne jamais être pardonnés.

Nadia Murad - Pour que je sois la dernière

J’ai lu ce livre avec l’envie de savoir la vérité. Une vérité dure, racontée par Nadia avec violence mais surtout, énormément de pudeur et d’amour. Un amour pour la vie, pour ces proches, pour sa religion. Un amour de l’être humain duquel elle n’aurait jamais imaginé être la victime et subir tant de cruauté.

J’espère, par cet article, nous avoir donné envie de lire ce livre et de le partager. D’ailleurs, vous pouvez acheter ce livre ici.

 

 

 

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